La stabilité des ventes au début du printemps a pesé sur l’abordabilité du logement dans 10 des 13 marchés canadiens en mars
Rapport sur l’abordabilité de mars 2026 de Ratehub.ca
Penelope Graham, Directrice des contenus
Le marché immobilier canadien du début du printemps n’a peut-être pas encore complètement dégelé, mais la stabilité des ventes a légèrement fait grimper les prix en mars, rendant l’abordabilité à la propriété un peu plus difficile pour ceux qui cherchaient à profiter d’une bonne affaire hors saison.
C’est ce que révèle la dernière étude sur l’abordabilité de Ratehub.ca, qui fait état d’une détérioration des conditions d’achat dans 10 des 13 marchés. L’étude définit l’abordabilité comme le revenu qu’un acheteur potentiel doit gagner pour être admissible à un prêt hypothécaire dans sa ville, et en suit l’évolution mensuelle à la hausse ou à la baisse. Elle fournit ainsi un aperçu en temps réel de l’évolution des conditions d’abordabilité au Canada, fondé sur les données immobilières nationales, le taux hypothécaire fixe moyen sur cinq ans, ainsi que le taux utilisé pour le test de résistance hypothécaire.
L’édition de mars révèle que le taux hypothécaire moyen a légèrement diminué d’un mois à l’autre, s’établissant à 4,39 %, comparativement à 4,41 % en février. Le taux de référence pour le test de résistance – qui ajoute 2 % au taux contractuel réel proposé par votre banque – a reculé, passant de 6,41 % à 6,39 %. Toutefois, cette baisse a été contrebalancée par des hausses du prix de référence des logements dans la plupart des grandes villes canadiennes; bien que cette augmentation soit modeste, elle a suffi à faire pencher la balance et à réduire le montant du prêt hypothécaire auquel un emprunteur moyen peut être admissible.
Voici comment cela s’est traduit sur les marchés dans l’ensemble du pays.
Mars 2026 : quel revenu fallait-il pour acheter une maison au Canada?
Ce rapport est présenté à titre indicatif seulement. Les données reposent sur un prêt hypothécaire avec une mise de fonds de 10 %, un amortissement sur 25 ans, 4 000 $ de taxes foncières annuelles et 150 $ de frais de chauffage mensuels. Les taux hypothécaires correspondent à la moyenne des taux fixes sur cinq ans des cinq grandes banques en mars 2026 et en février 2026. Les prix moyens des logements proviennent de l’indice des prix des propriétés (IPP) MLS® de l’ACI.
Comme au cours des derniers mois, les marchés immobiliers ayant connu la plus forte détérioration de l’abordabilité sont ceux où les prix des maisons se situent bien en deçà de la barre du million de dollars et, de façon générale, mieux alignés sur les revenus; cela a contribué à soutenir la demande d’achat malgré les fluctuations des taux d’intérêt et d’autres facteurs économiques – tels que les craintes liées aux droits de douane et la flambée des prix de l’essence – qui ont dissuadé les acheteurs de se tourner vers les marchés canadiens les plus coûteux. Les petites villes, qui font également face à des contraintes d’offre et comptent globalement moins de logements à vendre, ont enregistré les hausses de prix mensuelles les plus marquées.
Ce phénomène a été particulièrement marqué à Halifax, qui a enregistré la plus forte hausse des prix immobiliers en mars – soit une augmentation de 13 100 $ par rapport à février, pour atteindre un prix de référence de 571 700 $. Cela s’est traduit par une augmentation de 2 270 $ du revenu supplémentaire requis pour acheter une maison moyenne. Halifax avait également connu un changement important le mois précédent. Dans ce scénario, un emprunteur à Halifax paierait 61 $ de plus par mois sur son prêt hypothécaire, soit 732 $ par an, en mars comparativement à un achat effectué en février.
Victoria a également connu une forte détérioration de l’abordabilité, le prix de référence des logements ayant augmenté de 13 500 $ d’un mois à l’autre pour atteindre 886 000 $, ce qui a entraîné une hausse de 2 230 $ du revenu supplémentaire requis pour acheter une maison moyenne. Dans ce scénario, un emprunteur à Victoria paierait 60 $ de plus par mois sur son prêt hypothécaire, soit 720 $ par an, en mars comparativement à un achat effectué en février.
Fredericton est la seule ville à avoir enregistré une amélioration notable de l’accessibilité à la propriété; le prix de référence des maisons y a diminué de 5 700 $, pour s’établir à 357 700 $, ce qui a réduit de 1 210 $ le revenu requis pour acheter une maison moyenne. Il s’agit d’un changement bienvenu par rapport au mois précédent, où Fredericton avait connu une détérioration de l’accessibilité à la propriété. Dans ce scénario, un emprunteur à Fredericton paierait 32 $ de moins par mois sur son prêt hypothécaire, soit 384 $ par an, en mars comparativement à un achat effectué en février.
Vancouver et Toronto, quant à elles, se classent respectivement aux huitième et dixième rangs; bien que le prix de référence des logements ait diminué de 4 000 $ et de 3 000 $ dans ces deux villes, ils demeurent d’un coût prohibitif pour de nombreux acheteurs, à 1 104 300 $ et 941 800 $. Ce niveau de prix a contribué à ralentir l’activité ces derniers mois, les acheteurs étant plus sensibles aux variations des taux d’intérêt.
Comment l’accessibilité à la propriété au Canada évoluera-t-elle en avril?
Il est important de noter que, si les taux hypothécaires sont demeurés globalement stables en mars, ce ne sera pas le cas en avril; les rendements obligataires ont fortement augmenté au cours du mois, se situant dans une fourchette d’environ 3,0 %, ce qui a amené les prêteurs à hausser leurs taux fixes de 25 à 40 points de base. Par exemple, le taux fixe assuré sur cinq ans le plus bas au Canada est passé de 3,79 % à 4,04 %.
Les rendements sont en hausse en raison des inquiétudes des investisseurs face à l’escalade du conflit en Iran, ainsi qu’aux risques croissants d’inflation; la flambée des prix du pétrole, à la suite de la fermeture du détroit d’Ormuz, a ravivé les craintes d’une hausse incontrôlée des prix à la consommation, comme ce fut le cas après la pandémie. Cela pourrait contraindre les banques centrales à relever leurs taux d’intérêt; comme des taux plus élevés font baisser la valeur des obligations, les investisseurs les vendent (ce qui entraîne une hausse des rendements, lesquels évoluent en sens inverse des prix des obligations) lorsque les marchés anticipent un resserrement de la politique monétaire.
Cependant, bien que les attentes d’une hausse commencent à se concrétiser, la Banque du Canada ne devrait pas intervenir dans les prochains mois. Les plus récentes données sur l’inflation de mars montrent que le taux d’inflation annuel est passé de 1,8 % en février à 2,4 % – reflétant une fois de plus la hausse des prix de l’énergie –, mais le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, a indiqué que les responsables de la politique monétaire n’y accorderaient pas une grande importance, étant donné que les indicateurs de l’inflation sous-jacente demeurent maîtrisés. Il a toutefois souligné que si l’inflation venait à s’étendre au-delà du seul secteur de l’énergie pour toucher d’autres catégories de prix à la consommation à moyen terme, cela pourrait entraîner une hausse des taux à l’avenir.
Ces pressions croissantes ont également incité l’Association canadienne de l’immeuble (ACI) à réviser ses perspectives pour le marché immobilier en 2026; dans son rapport de données publié le 16 avril, l’association indique que la reprise du marché s’est révélée plus lente que prévu, la hausse du coût de la vie et des taux d’intérêt continuant de freiner les acheteurs en attente, en particulier les acheteurs d’une première propriété.
Si les taux d’intérêt continuent d’augmenter, cela pourrait freiner les légers signes de reprise observés jusqu’à présent sur le marché au début du printemps; il reste à voir comment ces facteurs géopolitiques évolueront et influenceront la capacité d’emprunt et le moral des acheteurs dans les mois à venir.
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Penelope Graham, Directrice des contenus
Penelope Graham a plus de dix ans d'expérience dans le domaine de l'immobilier, des hypothèques et de la finance. Ses commentaires sur le marché du logement sont publiés dans les médias nationaux et locaux.
